Carnet de route

Calanques mai 2104

Sortie :  Camp d'escalade du 29/05/2014

Le 12/04/2015 par Hennion Antoine

Sortie Calanques, 28 mai-1er juin 2014

[Fig. 1 Contrejour]

Le séjour avait démarré sur les chapeaux de roue, avant même le premier tour de clé de contact d’aucun de nous, par un mail comminatoire de notre chef bien-aimé, rappelant le bon sens : on ne s’organise pas soi-même – sinon, à quoi serviraient les chefs bien-aimés ?! Autorité et comptabilité sont les deux mamelles du pouvoir, c’est la base. Au cas où quelque rebelle eût fait la forte tête, ou simplement oublié qu’on n’était pas au restau mais en sortie CAF-Yonne & Nièvre très unies, un autre mail tapé à 6h du matin avait prévenu tout trouble : « Et le jeudi midi, harengs pour tout le monde ! le premier qui moufte en reçoit un en travers de la poire ! » Le paysage affectif ainsi éclairci, les choses se passent bien, enfin, sans préjuger en ce qui concerne les harengs. Il faut peut-être expliquer un peu, pour les harengs, un animal dont la présence au flanc de raides parois peut paraître improbable – mais à CAFouilloux bien né rien d’impossible : Gérard ne se déplaçant jamais sur les sentiers escarpés sans un barbecue prétendument pliable, il faut l’amortir (je parle du barbecue).

[Fig. 2 Four ambulant]

Reconnaissons qu’un hareng bien huilé et couvert de cendres comme une repentante, c’est tout à fait savoureux, entre les arêtes (celles du hareng, bien sûr). En outre, on ne peut accuser ce mets délicat d’être un pousse-au-crime-de-7a, ni même au péché de 5c.

 

Revenons à nos moutons, que s’est-il passé, dans cette délicieuse sortie traditionnelle du club dans les Calanques, aux dernières chaleurs du printemps ? Je rassemble mes souvenirs, m’étant mis au compte rendu syndical que Jean, désormais virtuose reconnu de l’exercice, m’a généreusement délégué pour un tour. Que me revient-il, hormis les belles images de la mer quand on la contemple de dos, les ongles accrochés à la dure face de calcaire lisse, avec le prochain clou comme unique objet de toutes nos attentions ;

[Fig. 3 Contreplongée]

[Fig. 4 Cagnard sur mer]

ou encore le doux ballottement du lourd sac sur mon dos dégoulinant de sueur lors des longues remontées vespérales vers le parking favori, sur une chaussée surchauffée ou un sentier caillouteux, la gorge sèche et l’orteil douloureux ?…

[Fig. 5 Cailloux]

Ah si ! Les soirées. La chaude atmosphère de saine camaraderie. Cabri le jour, orang-outang la nuit, c’est la métamorphose du grimpeur. Les hommes s’adonnent à leur exercice favori, tester une virilité, il est vrai toujours fragile, par la quantité d’alcool qu’ils peuvent absorber. Une épreuve qu’en effet ils sont plus assurés de surmonter que d’autres efforts typiquement masculins. Épreuve qui présente en outre l’avantage de laisser le doute subsister au moment du verdict final, plus personne n’étant en état de le formuler. Qu’à cela ne tienne, noblesse oblige, il suffit que tout le monde (enfin, la moitié du monde) renouvelle l’essai le lendemain ; au CAF, on est têtu.

L’autre moitié du monde, les femmes donc, a aussi son épreuve de fin de repas favorite : filer en douce vers l’évier, que la vaisselle soit faite sans que, malgré toute leur vigilance, aucun des hommes ne s’en aperçoive. Bon, je vous concède que, comme toujours avec les dames, les dés sont pipés, elles sont sûres de gagner. Trop facile, elles n’ont qu’à tabler sur deux propriétés foncières du mâle moyen : son intérêt modéré pour la plonge, dont il déduit logiquement qu’elle doit se faire toute seule ; et sa vitesse de réaction en général, notamment en état de cogitation éthylique, qui laisse une bonne marge de sécurité à la rusée femelle. Même Alain n’arrive que rarement à satisfaire sa pulsion savonneuse, lui qui, s’il partage avec ses congénères un goût subtil pour la blague graveleuse et la discussion philosophique sur les flatulences, se distingue radicalement d’eux par un penchant maladif pour le doux frottement du Tampax sur les assiettes poisseuses et les couverts collants, les mains trempées dans une eau grasse et tiédasse (ah j’arrête, c’est trop, l’orgasme pointe…). Laissons plutôt la gracieuse Emma recommencer telle Sisyphe sa tâche jamais finie : faire en sorte que chaque soir toutes les petites cuillères rentrent sagement chacune dans son bungalow…

 

Sinon, voyons, quoi d’autre, que fait-on sur cette Côte d’Azur encombrée de béton grisâtre et de bedaines rougeaudes ?… ah oui bien sûr, je me souviens, on va grimper ! 1h d’embouteillages, 2h de marche dans la forêt, 2h de marche d’approche plus raide, débouchant parfois au pied ou au haut des parois… Ouf, le temps de choisir une petite voie, il est temps de passer au casse-croûte. Pas toujours du hareng, les pompiers finiraient par nous repérer. Bon, ça va déjà mieux le ventre plein de camembert, maintenant que diriez-vous d’une petite voie digestive, tandis que volant de rocher en rocher, Jean-Luc notre chef bien-aimé, dit Chamois Sarcastique, rapporte à une cordée la moitié de son brin oublié au relais, ça peut servir pour le rappel, ou file grimper dans son coin pour nous oublier. Ma foi, 16h, si l’on veut plonger une tête dans l’eau exquisément glacée avant les 3h de marche retour, il est grand temps de remballer la corde et d’emprunter le chemin du retour… Certains trouvent plus vite que d’autres, qui font deux zigzags fastidieux en haut des falaises, un coup sur le flanc nord un coup sur le flanc sud, avant de choisir le goulet le plus casse-gueule et de rejoindre les potes qui bronzaient sur la plage du bas juste quand ceux-ci remettent les sacs. Car c’est le moment de la retraite en bon ordre, dans la bonne humeur s’il vous plaît : il faut dire qu’un gros avantage des Calanques, c’est que comme ça n’arrête pas de monter et descendre, de Sormiou, de Morgiou, d’En Vau, le retour est chaque soir aussi fatigant que l’aller du matin. Bon, certains n’y rencontrent pas moins là l’amour de leur vie :

[Fig. 6 Sanglier]

Route sous le cagnard, parking, embouteillages, douche, premières bières, casseroles qui bouillent – ah, le confit de Jean, aérien (le confit, pas Jean), même si quand on en reprend quatre fois comme moi, il laisse sur une vague impression de pesanteur stomacale… ah, le rôti de Roro et Sigi (le rôrô, le titi, de Sigi, de Roro, ça vaudrait une petite chanson !), ah, le couscous de Rémi, comme là-bas mon frééére ! un grand merci à tous les cuisiniers !

[Fig. 7 Confit]

Aussitôt (parfois même un peu avant), les bouteilles s’ouvrent (là, un bon point à tout le monde !), et nous voilà revenus à la case précédente : le vigoureux soutien du club à notre viticulture nationale, jusqu’à l’apothéose finale, le concours à qui offrira l’alcool le plus frelaté (beaucoup de seconds ex-aequo, mais Ludo gagne haut la main, il confond carrément digestif et explosif, v. photo du crime, appelé brûlot charentais, on était prévenu !), on se croirait dans un film russe.

[Fig. 8 Brulot]

[Fig. 9 Alcools prohibés]

Quant à ceux que la lecture de ce fidèle compte rendu pousserait à se demander ce que nous venons faire dans cette galère, ils ne feraient que prouver là une grande méconnaissance de la nature humaine : c’est bien connu, de jour comme de nuit, c’est de l’effort que naît le plaisir (les photos jointes le démontrent aussi) ! Morale de la fable – ou l’escalade expliquée aux non initiés : « l’homme marche sur le fil d’un rasoir, toujours prêt à chuter dans le ridicule, toujours près de frôler le sublime ». Notez, bonnes gens, c’est la devise du CAF !

[Fig. 10 Face Ouest]

À la prochaine, amicalement, Antoine Hennion

CLUB ALPIN FRANCAIS AUXERRE
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